Quotité pret immobilier : comment choisir la bonne répartition d’emprunt dans votre achat à deux

Quotité pret immobilier : comment choisir la bonne répartition d’emprunt dans votre achat à deux

Acheter à deux, c’est souvent un projet de vie… et parfois un vrai casse-tête côté banque. Parmi les notions qui posent le plus de questions, la quotité de prêt immobilier arrive en bonne place. 50/50, 70/30, 100/100… Lors de la signature, on vous demande de choisir une répartition, vous hochez la tête, mais au fond, vous n’êtes pas complètement sûr de ce que cela implique.

Rassurez-vous, vous êtes loin d’être les seuls. J’ai accompagné de nombreux couples qui n’avaient découvert l’impact de leur choix de quotité qu’au moment d’un coup dur… donc trop tard. L’objectif de cet article, c’est justement de vous éviter ça, en vous aidant à choisir la bonne répartition d’emprunt pour votre achat à deux.

Qu’est-ce que la quotité d’un prêt immobilier ?

La quotité, c’est tout simplement la part du capital emprunté qui est couverte par l’assurance pour chaque emprunteur.

Quand vous empruntez à deux, la banque exige presque toujours une assurance emprunteur pour se protéger (et vous protéger) en cas de :

  • décès
  • perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA)
  • invalidité
  • incapacité de travail (selon les options choisies)
  • La quotité vient dire : « en cas de pépin sur l’un des co‑emprunteurs, quelle part du crédit sera prise en charge par l’assurance ? ».

    Par exemple :

  • Quotité 50/50 : chaque emprunteur est assuré pour 50 % du capital
  • Quotité 70/30 : le premier est assuré pour 70 %, le second pour 30 %
  • Quotité 100/100 : chacun est assuré pour 100 % (oui, ça fait 200 % au total, c’est possible !)
  • Important : la quotité concerne l’assurance, pas la propriété du bien. Vous pouvez très bien être propriétaires à 60/40 et assurés à 50/50, par exemple. Ce sont deux choses différentes, et c’est souvent là que les incompréhensions naissent.

    Comment fonctionne la quotité en cas de coup dur ?

    Un exemple concret vaut mieux qu’un long discours. Imaginons :

  • Montant du prêt : 300 000 €
  • Couple : Julie et Karim
  • Quotité d’assurance : 50 % sur Julie, 50 % sur Karim
  • Si Karim décède pendant le remboursement :

  • L’assurance prend en charge 50 % du capital restant dû
  • Julie continue de rembourser les 50 % restants
  • Avec une quotité 70/30 (70 % pour Julie, 30 % pour Karim) et le même scénario :

  • L’assurance rembourse 30 % du capital restant dû (lié à Karim)
  • Julie garde à sa charge 70 % du prêt
  • Avec une quotité 100/100 :

  • L’assurance rembourse 100 % du capital restant dû, quel que soit l’emprunteur touché
  • L’autre co‑emprunteur se retrouve sans mensualité à payer
  • C’est là que vous commencez à mesurer l’enjeu : en cas de décès ou d’invalidité grave de l’un des deux, la quotité choisie détermine la capacité de l’autre à conserver le bien sans se mettre dans le rouge.

    Quotité de prêt et situation de couple : mariage, PACS, concubinage

    Autre paramètre souvent oublié : votre statut juridique de couple a aussi son importance.

    En cas de décès, qui récupère quoi ? Que se passe-t-il pour le logement ? Les réponses ne sont pas les mêmes selon que vous êtes :

  • mariés sous régime de communauté
  • mariés sous séparation de biens
  • pacsés
  • en concubinage (union libre)
  • Par exemple :

    Couple marié sous régime de communauté : le bien appartient généralement aux deux, peu importe qui met le plus d’argent dans le crédit. Une quotité déséquilibrée (70/30, 80/20…) peut se justifier si l’un gagne nettement plus que l’autre.

    Couple en concubinage : ici, pas de protection automatique du survivant. Si la répartition de propriété n’est pas 50/50, et qu’en plus la quotité est défavorable au plus fragile financièrement, la situation peut devenir très compliquée en cas de décès.

    Lire  Assurance emprunteur et achat en VEFA : sécuriser votre financement d’un bien en construction en 2024

    J’ai déjà vu un cas où Monsieur, concubin, finançait 70 % du crédit, était propriétaire à 70 %, mais la quotité avait été choisie 50/50 « parce que ça sonnait équilibré ». Au décès de Monsieur, Madame s’est retrouvée avec un prêt encore bien lourd à porter, pour un bien dont elle ne possédait que 30 %. Vous imaginez la suite…

    Morale : la quotité doit être cohérente avec :

  • vos revenus
  • votre situation familiale et juridique
  • la répartition de la propriété du bien
  • Les répartitions de quotité les plus courantes (et ce qu’elles impliquent)

    Entrons dans le vif du sujet : comment choisir concrètement entre 50/50, 70/30, 100/100… ?

    Quotité 50/50 : le réflexe « égalitaire »

    C’est la répartition la plus proposée par défaut par les banques. Elle convient généralement si :

  • vos revenus sont à peu près équivalents
  • vous remboursez le crédit à parts égales
  • vous êtes apaisés avec l’idée que chacun doit pouvoir gérer seul 50 % du prêt en cas de coup dur
  • Avantages :

  • simple à comprendre
  • coût d’assurance généralement modéré
  • Inconvénient : si l’un gagne beaucoup moins que l’autre, il peut être difficile pour lui d’assumer seul les 50 % restants.

    Quotité déséquilibrée (60/40, 70/30, 80/20…)

    Elle est utile lorsque :

  • l’un des deux apporte une part nettement plus importante des revenus
  • ou finance la plus grosse part des mensualités
  • ou possède une santé jugée plus risquée par l’assureur (et donc une assurance plus chère)
  • Exemple :

    Camille gagne 3 500 €/mois, Thomas 1 600 €/mois. Ils empruntent ensemble, mais c’est Camille qui se charge de 70 % des mensualités. Une quotité à 70 % pour Camille et 30 % pour Thomas permet :

  • d’adapter la protection à la réalité des revenus
  • de réduire un peu le coût global de l’assurance par rapport à du 100/100
  • Mais attention : si c’est la personne la « moins couverte » qui décède (ici Thomas), l’assurance ne prendra en charge que 30 % du capital restant, laissant à Camille 70 % du prêt à rembourser seule. D’où l’importance de vous projeter dans les deux scénarios, pas seulement celui qui vous arrange mentalement.

    Quotité 100/100 : la protection maximale

    Ici, chacun est assuré pour 100 % du capital. En cas de décès ou d’invalidité d’un seul des deux :

  • le crédit est intégralement remboursé par l’assurance
  • le survivant n’a plus aucune mensualité de prêt à payer
  • Ce choix est particulièrement pertinent lorsque :

  • vous avez des enfants à charge
  • vous achetez votre résidence principale
  • vous savez que l’un des deux ne pourrait pas garder le logement seul en cas de pépin
  • Évidemment, qui dit protection maximale dit coût plus élevé. Mais c’est un arbitrage intéressant à faire : parfois, quelques dizaines d’euros de plus par mois vous donnent une vraie sérénité sur le long terme.

    Quotité et coût de l’assurance : un équilibre à trouver

    On ne va pas se mentir : quand on signe un prêt, on a tendance à regarder surtout :

  • le taux du crédit
  • le montant des mensualités
  • les frais de dossier, de garantie, de notaire…
  • L’assurance emprunteur et la quotité, elles, arrivent souvent en fin de parcours, un peu dans la pile des « formalités obligatoires ». Pourtant, l’assurance peut représenter jusqu’à un tiers du coût total du crédit.

    En jouant sur la quotité :

  • vous ajustez le niveau de protection
  • vous impactez directement le coût de l’assurance
  • Deux axes d’optimisation :

  • Adapter la quotité au profil de chaque emprunteur (âge, santé, revenus)
  • Comparer les assurances (assurance de la banque vs délégation d’assurance)
  • Lire  Déclaration don manuel hors délai : conséquences fiscales et solutions pour régulariser

    Par exemple, si l’un des deux est significativement plus jeune ou en meilleure santé, son assurance sera moins chère. On peut donc lui attribuer une quotité plus élevée sans faire exploser le budget global, tout en augmentant le niveau de couverture du couple.

    C’est typiquement le genre de simulations que vous pouvez réaliser en amont, avant de signer, à l’aide d’outils de comparaison ou de simulateurs d’assurance spécialisés.

    Achat à deux : questions à se poser avant de choisir la quotité

    Avant de signer, je vous invite à prendre un temps, à deux, pour répondre honnêtement à ces questions :

  • Qui gagne combien, et qui paiera réellement quoi sur le crédit chaque mois ?
  • Si l’un de nous disparaît demain, est-ce que l’autre peut garder le logement seul avec ses revenus ?
  • Est-ce qu’on préfère payer un peu plus cher chaque mois pour être vraiment tranquilles ?
  • Quelles sont nos autres charges (crédits, enfants, pensions…) ?
  • Sommes-nous mariés, pacsés, en concubinage ? Qui héritera de quoi ?
  • Quel est notre projet à moyen terme : y vivre longtemps, revendre rapidement, en faire un investissement locatif ?
  • Les réponses vous guideront spontanément vers une quotité :

  • plus équilibrée (50/50) si tout est assez symétrique entre vous
  • déséquilibrée (60/40, 70/30…) si vos situations sont très différentes
  • ou renforcée (100/100) si vous voulez sécuriser au maximum votre toit et celui de vos proches
  • Quelques erreurs fréquentes à éviter

    Avec le recul des dossiers que j’ai pu voir passer, certaines erreurs reviennent souvent :

  • Choisir la quotité « par défaut » : accepter sans réfléchir le 50/50 proposé par la banque, alors que vos revenus ou votre situation familiale ne s’y prêtent pas.
  • Confondre quotité et part de propriété : ce n’est pas parce que vous êtes propriétaires à 70/30 que vous devez être assurés à 70/30… ou l’inverse. Les deux se réfléchissent ensemble, mais se décident séparément.
  • Penser seulement au cas du plus gros revenu : projetez-vous aussi dans le cas où c’est la personne qui gagne le moins qui décède ou devient invalide. Le choc financier et émotionnel n’est pas le même, mais le risque de perte du logement, lui, reste réel.
  • Refuser un 100/100 en pensant que c’est du luxe : parfois, quelques euros de plus par mois peuvent vous éviter de devoir tout revendre dans l’urgence en cas de coup dur. Ce n’est pas du luxe, c’est une stratégie de sécurisation de votre patrimoine.
  • Oublier que l’assurance se renégocie : loi Hamon, loi Bourquin, résiliation infra-annuelle… Les règles ont évolué. Vous pouvez souvent changer d’assurance en cours de route pour diminuer le coût, tout en conservant le même niveau de quotité (ou en l’ajustant selon les conditions du contrat).
  • Trois cas pratiques pour y voir vraiment clair

    Voici trois situations très courantes, avec des répartitions possibles de quotité.

    Cas n°1 : jeunes actifs, revenus proches, premier achat de résidence principale

  • Chacun gagne autour de 2 000–2 500 €/mois
  • Crédit : 230 000 € sur 25 ans
  • Projet : y vivre plusieurs années, puis peut-être revendre pour acheter plus grand
  • Options de quotité pertinentes :

  • 50/50 si chacun peut raisonnablement assumer seul la moitié des mensualités en cas de pépin
  • 100/100 si vous souhaitez vous protéger fortement et que la petite hausse de coût d’assurance reste supportable pour votre budget
  • Cas n°2 : couple avec enfants, un gros revenu et un revenu plus faible

  • L’un gagne 3 800 €/mois, l’autre 1 400 €/mois
  • Crédit : 320 000 € sur 20 ans
  • Projet : résidence principale familiale, long terme
  • Lire  Assurance emprunteur et achat-revente rapide : comment sécuriser un projet immobilier avec revente prévue avant la fin du crédit en 2026 ?

    Options de quotité :

  • 70/30 ou 80/20 pour refléter la réalité des revenus
  • ou 100/100 pour garantir le maintien dans les lieux, quel que soit l’emprunteur touché
  • Dans ce cas, j’ai souvent tendance à recommander d’étudier sérieusement le 100/100, surtout s’il y a des enfants et peu d’épargne de précaution.

    Cas n°3 : concubins, achat à deux mais avec gros apport de l’un

  • Monsieur apporte 80 000 €, Madame 20 000 €
  • Ils achètent un bien à 300 000 €
  • Répartition notariée : 80 % pour Monsieur, 20 % pour Madame
  • Si la quotité est fixée à 50/50 sans réflexion, le montage devient incohérent : en cas de décès de Madame, l’assurance rembourse 50 % du prêt, alors qu’elle ne possède que 20 % du bien. En cas de décès de Monsieur, il restera 50 % du prêt pour Madame, qui ne possède que 20 %…

    Ici, une quotité davantage alignée avec la propriété (par exemple 80/20) est souvent plus pertinente, tout en prenant soin de bien vérifier les conséquences successorales avec un notaire.

    Comment avancer concrètement dans votre choix de quotité ?

    Pour transformer tout ça en décisions concrètes :

  • Posez votre situation à plat : revenus, statut de couple, enfants, charges, capacité à assumer seul(e) le crédit.
  • Simulez plusieurs répartitions (50/50, 70/30, 100/100…) et regardez l’impact sur : – le coût mensuel de l’assurance – la prise en charge en cas de décès ou d’invalidité de l’un ou de l’autre.
  • N’hésitez pas à interroger votre banque, mais aussi à mettre en concurrence les assurances : la délégation peut faire baisser la facture tout en conservant, voire en améliorant, votre niveau de couverture.
  • Faites un point avec un notaire si votre situation patrimoniale ou de couple est un peu complexe (concubinage, enfants d’une précédente union, gros apports déséquilibrés…).
  • Et surtout, parlez-en vraiment à deux. Certains couples se découvrent en signant qu’ils n’ont pas du tout la même perception du risque : l’un veut se protéger au maximum, l’autre veut absolument limiter les coûts. Là aussi, le bon choix de quotité, c’est celui qui vous met d’accord… et vous permet de dormir tranquilles tous les deux.

    En résumé : la bonne quotité, c’est celle qui protège votre projet de vie

    La quotité de prêt immobilier n’est pas un simple pourcentage administratif à cocher dans un dossier. C’est un véritable levier de protection de votre couple et de votre patrimoine.

    Retenez surtout que :

  • La quotité détermine la part du crédit remboursée par l’assurance si l’un de vous connaît un coup dur.
  • Elle doit être cohérente avec vos revenus, votre statut de couple et votre répartition de propriété.
  • 50/50 n’est pas toujours le meilleur choix, même si c’est le plus courant.
  • Les quotités renforcées (100/100) coûtent plus cher, mais offrent une sérénité maximale, surtout avec des enfants ou un projet très long terme.
  • Vous avez le droit de comparer, de questionner, de renégocier : rien n’est « gravé dans le marbre » au moment où la banque vous présente sa première proposition.
  • Prendre une demi-heure à deux pour réfléchir sérieusement à votre quotité, c’est un petit effort aujourd’hui pour peut-être vous éviter de gros soucis demain. Et si vous aimez mettre des chiffres en face des idées, pensez à utiliser des simulateurs d’assurance emprunteur pour visualiser, en quelques clics, l’impact concret de chaque scénario sur votre budget… et sur votre tranquillité d’esprit.

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