Acheter à deux, c’est souvent un projet de vie… et parfois un vrai casse-tête côté banque. Parmi les notions qui posent le plus de questions, la quotité de prêt immobilier arrive en bonne place. 50/50, 70/30, 100/100… Lors de la signature, on vous demande de choisir une répartition, vous hochez la tête, mais au fond, vous n’êtes pas complètement sûr de ce que cela implique.
Rassurez-vous, vous êtes loin d’être les seuls. J’ai accompagné de nombreux couples qui n’avaient découvert l’impact de leur choix de quotité qu’au moment d’un coup dur… donc trop tard. L’objectif de cet article, c’est justement de vous éviter ça, en vous aidant à choisir la bonne répartition d’emprunt pour votre achat à deux.
Qu’est-ce que la quotité d’un prêt immobilier ?
La quotité, c’est tout simplement la part du capital emprunté qui est couverte par l’assurance pour chaque emprunteur.
Quand vous empruntez à deux, la banque exige presque toujours une assurance emprunteur pour se protéger (et vous protéger) en cas de :
La quotité vient dire : « en cas de pépin sur l’un des co‑emprunteurs, quelle part du crédit sera prise en charge par l’assurance ? ».
Par exemple :
Important : la quotité concerne l’assurance, pas la propriété du bien. Vous pouvez très bien être propriétaires à 60/40 et assurés à 50/50, par exemple. Ce sont deux choses différentes, et c’est souvent là que les incompréhensions naissent.
Comment fonctionne la quotité en cas de coup dur ?
Un exemple concret vaut mieux qu’un long discours. Imaginons :
Si Karim décède pendant le remboursement :
Avec une quotité 70/30 (70 % pour Julie, 30 % pour Karim) et le même scénario :
Avec une quotité 100/100 :
C’est là que vous commencez à mesurer l’enjeu : en cas de décès ou d’invalidité grave de l’un des deux, la quotité choisie détermine la capacité de l’autre à conserver le bien sans se mettre dans le rouge.
Quotité de prêt et situation de couple : mariage, PACS, concubinage
Autre paramètre souvent oublié : votre statut juridique de couple a aussi son importance.
En cas de décès, qui récupère quoi ? Que se passe-t-il pour le logement ? Les réponses ne sont pas les mêmes selon que vous êtes :
Par exemple :
Couple marié sous régime de communauté : le bien appartient généralement aux deux, peu importe qui met le plus d’argent dans le crédit. Une quotité déséquilibrée (70/30, 80/20…) peut se justifier si l’un gagne nettement plus que l’autre.
Couple en concubinage : ici, pas de protection automatique du survivant. Si la répartition de propriété n’est pas 50/50, et qu’en plus la quotité est défavorable au plus fragile financièrement, la situation peut devenir très compliquée en cas de décès.
J’ai déjà vu un cas où Monsieur, concubin, finançait 70 % du crédit, était propriétaire à 70 %, mais la quotité avait été choisie 50/50 « parce que ça sonnait équilibré ». Au décès de Monsieur, Madame s’est retrouvée avec un prêt encore bien lourd à porter, pour un bien dont elle ne possédait que 30 %. Vous imaginez la suite…
Morale : la quotité doit être cohérente avec :
Les répartitions de quotité les plus courantes (et ce qu’elles impliquent)
Entrons dans le vif du sujet : comment choisir concrètement entre 50/50, 70/30, 100/100… ?
Quotité 50/50 : le réflexe « égalitaire »
C’est la répartition la plus proposée par défaut par les banques. Elle convient généralement si :
Avantages :
Inconvénient : si l’un gagne beaucoup moins que l’autre, il peut être difficile pour lui d’assumer seul les 50 % restants.
Quotité déséquilibrée (60/40, 70/30, 80/20…)
Elle est utile lorsque :
Exemple :
Camille gagne 3 500 €/mois, Thomas 1 600 €/mois. Ils empruntent ensemble, mais c’est Camille qui se charge de 70 % des mensualités. Une quotité à 70 % pour Camille et 30 % pour Thomas permet :
Mais attention : si c’est la personne la « moins couverte » qui décède (ici Thomas), l’assurance ne prendra en charge que 30 % du capital restant, laissant à Camille 70 % du prêt à rembourser seule. D’où l’importance de vous projeter dans les deux scénarios, pas seulement celui qui vous arrange mentalement.
Quotité 100/100 : la protection maximale
Ici, chacun est assuré pour 100 % du capital. En cas de décès ou d’invalidité d’un seul des deux :
Ce choix est particulièrement pertinent lorsque :
Évidemment, qui dit protection maximale dit coût plus élevé. Mais c’est un arbitrage intéressant à faire : parfois, quelques dizaines d’euros de plus par mois vous donnent une vraie sérénité sur le long terme.
Quotité et coût de l’assurance : un équilibre à trouver
On ne va pas se mentir : quand on signe un prêt, on a tendance à regarder surtout :
L’assurance emprunteur et la quotité, elles, arrivent souvent en fin de parcours, un peu dans la pile des « formalités obligatoires ». Pourtant, l’assurance peut représenter jusqu’à un tiers du coût total du crédit.
En jouant sur la quotité :
Deux axes d’optimisation :
Par exemple, si l’un des deux est significativement plus jeune ou en meilleure santé, son assurance sera moins chère. On peut donc lui attribuer une quotité plus élevée sans faire exploser le budget global, tout en augmentant le niveau de couverture du couple.
C’est typiquement le genre de simulations que vous pouvez réaliser en amont, avant de signer, à l’aide d’outils de comparaison ou de simulateurs d’assurance spécialisés.
Achat à deux : questions à se poser avant de choisir la quotité
Avant de signer, je vous invite à prendre un temps, à deux, pour répondre honnêtement à ces questions :
Les réponses vous guideront spontanément vers une quotité :
Quelques erreurs fréquentes à éviter
Avec le recul des dossiers que j’ai pu voir passer, certaines erreurs reviennent souvent :
Trois cas pratiques pour y voir vraiment clair
Voici trois situations très courantes, avec des répartitions possibles de quotité.
Cas n°1 : jeunes actifs, revenus proches, premier achat de résidence principale
Options de quotité pertinentes :
Cas n°2 : couple avec enfants, un gros revenu et un revenu plus faible
Options de quotité :
Dans ce cas, j’ai souvent tendance à recommander d’étudier sérieusement le 100/100, surtout s’il y a des enfants et peu d’épargne de précaution.
Cas n°3 : concubins, achat à deux mais avec gros apport de l’un
Si la quotité est fixée à 50/50 sans réflexion, le montage devient incohérent : en cas de décès de Madame, l’assurance rembourse 50 % du prêt, alors qu’elle ne possède que 20 % du bien. En cas de décès de Monsieur, il restera 50 % du prêt pour Madame, qui ne possède que 20 %…
Ici, une quotité davantage alignée avec la propriété (par exemple 80/20) est souvent plus pertinente, tout en prenant soin de bien vérifier les conséquences successorales avec un notaire.
Comment avancer concrètement dans votre choix de quotité ?
Pour transformer tout ça en décisions concrètes :
Et surtout, parlez-en vraiment à deux. Certains couples se découvrent en signant qu’ils n’ont pas du tout la même perception du risque : l’un veut se protéger au maximum, l’autre veut absolument limiter les coûts. Là aussi, le bon choix de quotité, c’est celui qui vous met d’accord… et vous permet de dormir tranquilles tous les deux.
En résumé : la bonne quotité, c’est celle qui protège votre projet de vie
La quotité de prêt immobilier n’est pas un simple pourcentage administratif à cocher dans un dossier. C’est un véritable levier de protection de votre couple et de votre patrimoine.
Retenez surtout que :
Prendre une demi-heure à deux pour réfléchir sérieusement à votre quotité, c’est un petit effort aujourd’hui pour peut-être vous éviter de gros soucis demain. Et si vous aimez mettre des chiffres en face des idées, pensez à utiliser des simulateurs d’assurance emprunteur pour visualiser, en quelques clics, l’impact concret de chaque scénario sur votre budget… et sur votre tranquillité d’esprit.
